Sciences profanes et Sciences sacrées
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Les Nombres Premiers :
leurs secrets,leurs mystères
et les recherches qu'ils provoquent...
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Géométrie

 
 
Chap. VI :

Les Neurosciences
 
Les neurosciences apportent de nouvelles avancées, et le très discret  « prix Nobel en neurochirurgie Hugues Duffau affirme dans le numéro d'octobre 2014 de la revue Brain que la zone de la parole dans le cerveau n'existe pas ». L’aire de Brocca n’est pas le siège de la parole. Duffau opère sans anesthésie et affirme que « Le cerveau se répare lui-même, dans une certaine mesure. La difficulté, pour le chirurgien, c'est que cet organe s'organise de manière différente chez chaque patient. Pour ne pas provoquer de séquelles, il doit donc trouver par quels chemins circulent les fonctions essentielles et les préserver de son bistouri. » Pas de fonctions différentes entre les cerveaux droit et gauche ! La plasticité du cerveau est très grande et chaque cerveau est unique. « Une seule structure ne varie pas d'une personne à l'autre : un bouquet de fibres serré à la base du cerveau, qui s'écarte en éventail au niveau du cortex. Nous l'avons baptisé le "cerveau minimal commun". »[1] A partir de lui, chaque humain fait évoluer son cerveau, comme son ADN par les expériences qu’il vit…
Des neuropsychiatres et des psychologues ont tenté une approche scientifique du mal, en se posant la question :      "Qu’est-ce qui poussent des hommes à devenir des assassins, des tortionnaires ?" [2]
Lors d’un génocide, qu’est-ce qui pousse de « bons » père de famille à tuer, non seulement lorsque l’ordre leur en est donné, mais pour la grande majorité, même si la possibilité de ne pas obéir leur est laissée, sans menace de sanction ? Les tueurs se justifient tant bien que mal, montrant la complexité inhérente à la situation. Peut-on décider d’être bon ou méchant ?
Lors de la visualisation de vidéos suggestives, l’IREM enregistrant les réactions du cerveau montre que les réactions à la violence sont différentes selon les individus : chez certaines personnes la zone du cortex insulaire, celle des sentiments et de l’empathie, est activée ; chez les criminels, elle ne l’est pas. Les psychopathes restent insensibles.
Gerhard Roth, chercheur en neurobiologie, en arrive à penser que les traumatismes de la petite enfance dus à l’environnement social, la maltraitance, surtout entre 4 et 7 ans, sont beaucoup plus déterminants que les prédispositions génétiques ; le cerveau des enfants ayant vécu des choses atroces est irrémédiablement marqué.
Le neurologue Thomas Herbert ayant étudié au Congo le comportement des enfants dressés à tuer note que ceux-ci en arrive à torturer et à tuer par plaisir. La question reste extrêmement complexe.
 
Comme l’a souligné René Guénon, il y a un nombre indéfini d’états d’être[3] depuis l’encore animal humain jusqu’au quasi-divin, voire au divin, et chacun en est là où il en est sur cette immense échelle de Jacob. La conscience se doit de progresser d’un réincarnement à un autre.
D’autres études montrent que la prière agit sur le cerveau : « les neurones se comportent de la même manière chez les chrétiens et chez les bouddhistes », « l’expérience du divin n’est pas assimilable à une seule partie du cerveau ». Pour Andrew Newberg : « la prière et la méditation modifient la structure du cerveau » ; mais « le cerveau peut programmer sa conversion tout seul. » « Les neurones ne prouvent pas l’existence de Dieu, mais semblent l’apprécier. » Un fait étrange cependant : « Des patients à qui on a retiré? [les lobes pariétal et occipital] à la suite d’une tumeur cérébrale se sont immédiatement tourner vers la religion », même s’ils étaient athées[4] !
Le mythe de Caïn et Abel, dans la Bible, fait de Caïn le prototype de l’assassin et on lui attribue, dans la lecture littérale du texte, le meurtre de son frère Abel. « Les fils de Caïn (les humains le sont) portent, hélas, la signature de l’erreur de leur matière.[5] » Parmi, eux, certains font volontairement le mal. D’autres livrent en eux une lutte acharnée entre le bien et le mal.
Minoru, le héros du roman de Hitonari Tsuji, Le Bouddha blanc, participe à l’invasion de la Sibérie par l’armée japonaise. Il se retrouve seul, perdu dans la tempête de neige, en embuscade ; un adversaire invisible le tient en joue. Le temps passe, le froid est glacial ; il est à la frontière de la mort, la sienne ou celle de l’autre. « Il suffisait de sonder son propre esprit pour deviner l’état psychique de l’adversaire. Tandis que le face-à-face se prolongeait, Minori commença à se demander si cet homme qui cherchait à l’assassiner n’était pas lui-même. La silhouette sombre qu’il apercevait, tapie dans l’ombre des arbres, derrière le cadavre de son camarade, n’était-elle pas simplement le reflet de la sienne, accroupie dans la même position. Il n’avait pas la moindre idée de l’identité de cet homme. Il ne pouvait donc s’agir que de lui-même.[6] » L’autre n’est pas autre que soi dans l’Unité du Tout entrevue dans cet instant crucial !
Il ne faut jamais perdre de vue, comme l’expliquait Abélard, que : « Le mal lui-même peut être un bien puisque Dieu use aussi bien du mal que du bien et qu’autrement il ne permettrait point le mal, sans que pour autant ce mal soit un bien.[7] »
Hélas, l’erreur perdure ! « La cause Principielle, Unique pour tous, aurait pourtant fait des humains un peuple pacifique et Vivant… au lieu… de faire de la Terre un Lieu de Mort et de souffrance ! (5) » 
Souffrances de la terre éventrée par les bulldozers, des arbres tronçonnés par des monstres mécaniques, des végétaux hachés par les broyeuses, des animaux domestiqués d’abord, c’est-à-dire dénaturés, ou exterminés, torturés dans les élevages industriels, dans les laboratoires expérimentaux…, des Aborigènes exterminés comme dans l’île australienne de la Tanzanie. Tant que l’homme ne saisit pas que la cause de ses maladies est d’abord dans cette rupture de l’Unité du Tout, il pourra étudier en vain le stress, le cancer, le diabète et autres maladies survenues récemment en expérimentant sur les animaux, construire des « usines à souris » génétiquement modifiées[8]. Il accroît le fossé, et oublie le chemin de la guérison véritable qui est celle de l’esprit, de l’âme terrestre d’abord ; inévitablement, d’autres maladies surviennent alors.
Peut-on se passer de l’expérimentation sur l’animal par la torture ? Celle-ci est si honteuse qu’elle est quasi clandestine : l’Union européenne tient encore secrets les laboratoires qui s’y livrent et les chercheurs qui mènent ces « travaux » ! L’animal n’est pas « une abstraction », mais le vivant ! Se poser cette question est essentiel car l'on passe ensuite sans trop d'hésitations aux  génocides des « animaux humains ». Traité les animaux avec justesse et compassion est une nécessité vitale pour reprendre le chemin vers l’état d’Homme digne de ce nom.
L’intelligence humaine emprisonnée dans ce corps, conçu comme uniquement physique, n’est plus en mesure de percer la surface des choses pour en rejoindre le dynamisme interne. Le monde déchiqueté par sa pensée devient instantanément hostile et prend l’apparence de forces qui le combattent pour survivre. C’est un recul terrible, une chute vertigineuse. Lorsque l’homme veut rentrer en lui-même, cette scission s’interpose. Tout est brouillé, frelaté, déformé puisqu’il se réfère à “ses idées”, “ses notions”, “ses émotions”, “ses sentiments”… Le philosophe Gilles Deleuze, lorsqu’il s’interroge : « Qu’est-ce qu’avoir une idée ? » répond : ce n’est pas « réfléchir sur ». Pour lui, c’est « inventer un nouveau concept », c’est l’activité créatrice par excellence du philosophe[9]. Ce nouveau concept ne sera qu’une nouvelle cristallisation de l’Idée, et devra tôt ou tard s’élargir en un nouveau concept plus englobant, tout comme une hypothèse se fonde dans la suivante !
L’homme conserve le besoin immarcescible de retrouver son Être premier et doit pour cela expérimenter ses nouvelles limitations pour trouver un chemin de retour à l’Origine. La terre est un tombeau ; paradoxalement, ce n’est que par la mort que se fait le retour à la Vie, l’affranchissement de l’esclavage dans lequel l’humain est plongé par sa seule responsabilité. « Les hommes sont endormis ; quand ils meurent, ils se réveillent », aurait dit le Prophète selon Ghazâlî[10]. « C’est cette mort de l’âme dont parle Platon quand il disait “philosopher, c’est apprendre à mourir”, qui était symbolisée dans les initiations des mystères antiques, qui est représentée par le baptême.[11] »  Et le hadith du Prophète est sans cesse répété : “Mourez avant que de mourir”, à ceux dont la première erreur, comme il est dit dans le Zen, a été de naître !
Nombreux sont les témoignages de cette possibilité :
Milarepa écrivit :
« Dans l’horreur de la mort, je partis dans les montagnes.
A force de méditer sur son heure incertaine,                            
Je pris la citadelle de la nature immortelle et infinie de l’Esprit.
A présent, toute crainte de la mort est bien dépassée.[12] »
C’est cette citadelle qu’il convient de prendre ! « Quand cette conscience nouvelle sera devenue vive et presque ininterrompue se produira alors ce que les Upanishad désignent comme “un retournement dans le siège de la conscience” : une révélation personnelle, sans référence à aucun concept, de ce que nous sommes, des raisons pour lesquelles nous sommes ici et de la façon dont nous devons agir. En définitive, cela équivaut à rien moins qu’une vie nouvelle, une seconde naissance. Nous pourrions presque dire une résurrection.[13] »
C’est alors la solitude, certes, mais solaire !
 
La solitude triste naît de l’égoïsme qu’elle nourrit en un cercle vicieux. Plus la décadence s’accentue, plus la Source semble s’éloigner, plus l’humain devient une sorte de monstre en déséquilibre total, sans repères sûrs, la proie de ses passions charnelles, de ses ambitions grossières, de sa schizophrénie, de son imagination fantasmatique, un malade par hypertrophie mentale et atrophie, sclérose de son intuition, de ses facultés les plus subtiles : voir par “le troisième œil” et entendre par “la troisième oreille”, diminution de l’acuité de ses sens physiques et encore plus de ses sens subtils. Pour ces derniers, il va jusqu’à les méconnaître totalement !
La créature déchue introduit dans sa création un élément de non-être qui en fait une contre-nature sans réalité, un puits de souffrance et de maladies qui broient inéluctablement et qui est vouée à la destruction totale, n’ayant aucune réalité.
Mis à part les « Héritiers » de l’Homme Universel, « les autres  sont ceux qui, en ayant la forme extérieure de l’homme, sont en réalité des “animaux” ; leur degré est comparable, dans l’homme, à celui de l’ “esprit animal” (…) qui est le principe immédiat de la croissance et de la sensation.[14] » Pire encore, un animal dénaturé qui ne possède même plus l’instinct de survie et empoisonne l’air qu’il respire et la nourriture qu’il absorbe ! En cette ère du Kali-Yuga, ère de déstructuration et de destruction, si le but des humains est « l’exploitation planifiée de la nature matérielle, toute vie est alors compromise par la lutte de l’espèce humaine contre la nature. La nature matérielle est si stricte que la moindre violation de ses lois peut causer beaucoup de mal à l’être humain conditionné.[15] »
Ce n’est pas une crainte vaine, hélas ! L’un « des pionnier de la robotique pousse l’idée de la fusion jusqu’à son terme en imaginant que nous devenions le robot que nous aurons nous-même créé. »  Il explique « comment se fondre avec la machine par une opération chirurgicale destinée à remplacer chaque neurone du cerveau par un transistor.[16] »
 
 
[1]-http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/hugues-duffau-le-cerveau-se-repare-lui-meme_1578825.html?xtor=EPR-5012
[2] - « Le Mal, une approche scientifique », Documentaire (All. 2012), ARTE, diffusion le 5 juillet 2012.
[3] - Voire Les états multiples de l’être.
[4] - François Gauvin, « Cerveau : Des chercheurs essaient de prouver l’impact du divin sur notre matière grise », Le Point, 12/07/2012, p. 54.
[5] - Nouvelle Lettre Ouverte à l’Ami sur le Chemin de la Vérité, op. cit., p. 94.
[6] - Mercure de France, 1999 pour la traduction française (1997), p. 110.
[7] - Cité par Emmanuel-Yves Monin, L’Inspiration, Dervy, 2007, p. 263.
[8] - Voir Hervé Ratel, « Souris sur ordonnance », H-S Sciences et Avenir, avril/mai 2012, p. 65.
[9] - « L’acte de création », vidéo.
[10] - La Perle Précieuse, Les Deux Océans, 1986, p. 33.
[11] - Simone Weil, Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu, Gallimard, 2013,  p. 88.
[12] - Cité par Nourit Mason-Sékiné, Le courage de vivre pour mourir, Albin Michel, 2002, p. 51.
[13] - Ibidem, citation de Sogyal Rimpoché.
[14] - Ibn’Arabi, Futûhât, chap. 346, cité par Charles-André Gilis, René Guénon et l’avènement du troisième Sceau, Editions Traditionnelles, 1991, p. 28.
[15] - A la Recherche du But Ultime de l’Existence, op. cit., p. 2.
[16] - Kaku, Michia, Une brève histoire du futur ? Comment la science va changer le monde, Flammation, 2014, p. 96 et 97.
 



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